Roland Dorgelès s’agaçait du fait que l’essentiel dans le milieu artistique était devenu de se faire remarquer, de soigner la com’ avec des théories et des noms d’école qui, parfois, ne comptaient qu’un seul membre.
Il entreprit donc de ridiculiser ces dérives avec un canular artistique bien senti…
Un matin, accompagné d’un huissier, il accroche un pinceau à la queue de l’âne du cabaret Le lapin agile. Après l’avoir agacé, le tableau prend forme. Dorgelès l’intitule « Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique », baptise le peintre Joachim-Raphaël Boronali, lui invente une biographie faisant de lui un futuriste gênois.
Ainsi est née une école nouvelle, “l’excessivisme”, sur laquelle la presse va bientôt gloser. L’œuvre fondatrice du courant est exposée au Salon des indépendants. En vertu de ce que Bourdieu appellerait un effet de champ, dès lors que les journalistes mis dans la confidence s’extasient, les autres ne peuvent que s’intéresser à ce peintre révolutionnaire, quitte à le trouver un peu vague dans les formes, trop personnel, énigmatique.
On commente longuement les traînées rouges au centre de la toile. Faut-il y voir un nez ? Un symbole de la lune ? Un Pierrot divin ?
Dorgelès mettra assez vite fin à ces spéculations en révélant la supercherie. Par cette plaisanterie, il aura sans en mesurer toute la portée mis en lumière le fonctionnement en vase clos de la reconnaissance artistique, ses critères de plus en plus flous.
Duchamp et bien d’autres ensuite sauront développer cette intuition et en tirer toutes les conséquences.
Mots-cléfs:Salon des Indépendants, Boronali, excessivisme, Dorgeles, futurisme

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