Les critiques ont beau bien souvent ne pas comprendre les sujets qu’ils sont payés pour traiter, leur opinion exerce une influence certaine. Mieux vaut donc s’assurer de leur appui.
Lorsque cela s’avère impossible, il ne vous reste qu’à suivre l’exemple des cubistes…
En 1912, Louis Vauxcelles était l’un des plus respectés de la profession. Dans le Gil Blas, il s’en prenait depuis quelques mois à l’avant-garde parisienne. Picabia s’y voyait traiter de « cubiste doré sur tranche », Fernand Léger de « tubiste », Picasso d’« Ubu-Kub ».
Lors du Salon d’automne, bon nombre de novateurs exposaient. Vauxcelles est bien entendu présent au vernissage. On s’attend à ce qu’il exerce son sens développé du sarcasme.
Mais Duchamp, Marcoussis, Picabia et quelques autres ne l’entendent pas de cette oreille : ils surgissent, l’entourent et l’insultent copieusement. Malgré les tentatives d’apaisement d’Apollinaire, le critique parle d’envoyer ses témoins à ces « jeunes malappris ».
Mais, « les principes de la morale cubiste leur interdisant sans doute de se battre », les artistes préfèrent le laisser sombrer dans le ridicule.
Vauxcelles ne s’en relèvera jamais réellement.


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