Picasso et Braque, je ne vous apprends rien, ont collaboré à la mise au point du langage cubiste. Par la suite cependant leurs liens se sont distendus, la rivalité s’est amplifiée.
En particulier à cause de certaines déclarations de Picasso, qui affirmait par exemple que Braque avait voulu faire des pommes comme Cézanne, mais qu’il n’avait réussi à faire que des pommes de terre. !Ou encore, plus perfide, que nul ne l’avait aimé comme Braque, qu’il était une sorte de madame Picasso.
Engagé dans ce rapport de forces, Braque, qui connaissait mieux que quiconque son confrère, lui témoignait de la froideur. Dans les années 50, Picasso aura l’idée saugrenue de le faire plier.
Il avait appris que certains de ses amis, parmi lesquels Pierre Reverdy et René Char, se rendaient plus régulièrement chez Braque que chez lui. Or, en amitié comme en amour ou dans les arts, il ne se satisfaisait que de la première place.
Il s’invite une première fois à la villa de Braque. Puisque celui-ci n’a pas eu la courtoisie de le retenir à dîner et s’est montré distant, Picasso décide de décrocher le tableau de son rival exposé dans son atelier. Frustré cependant, il y retourne un peu plus tard, avec la ferme intention d’en avoir le cœur net. Si Braque l’invite à dîner, Picasso aura démontré sa supériorité.
Arrivé peu avant l’heure du dîner, il ne peut que constater qu’un gigot se prépare. Après avoir visité quelques pièces et admiré les nouvelles œuvres de son hôte, il glisse quelques allusions au repas, mais Braque ne relève pas et après quelques heures, ne peut que lui montrer à nouveau des œuvres déjà aperçues. A quatre heures et demie, dépité, Picasso finit par prendre congé et, admiratif, raccrocher la toile dans son atelier.
A la mort de Braque, il exécutera une lithographie ornée de ces mots : « Aujourd’hui encore je peux dire que je t’aime ».
Mots-cléfs:Picasso, Braque, cubisme

Pas encore de commentaire.