L’apparence vestimentaire, nous le savons au moins depuis les travaux de Barthes (cf. l’analyse de la tenue de l’abbé Pierre), est un langage. Même les naïfs (ils sont rares) qui n’en ont pas conscience communiquent à travers le choix de leurs vêtements, y compris lorsque le message peut se réduire à : « Je n’accorde aucune importance à ces détails ».
La bande de joyeux drilles réunie autour de Picasso dans les premières années du XXe siècle avait développé un véritable code, une marque de fabrique. Tous les dimanches, ils allaient se rhabiller de concert. Derain avait adopté le genre fauve : costume vert, gilet rouge, chaussures jaunes, manteau blanc à carreaux noirs et marron.
Son ami Vlaminck, un brin plus sobre, étrennait du tweed à carreaux, un melon décoré d’une plume de geai et une cravate polychrome en bois (il l’employait à l’occasion comme matraque). Max Jacob aimait les allures de magicien (rappelons qu’il gagnait sa vie en disant la bonne aventure à des dames fortunées) : cape, chapeau claque et monocle. Quant à Picasso il portait invariablement une chemise rouge sous des bleus de travail.
Dans ces atours si remarquables et reconnaissables, il n’était pas rare de les voir jouer aux apaches, dévalant les rues en hurlant, scandalisant les passants par leurs jurons, leurs slogans anarchisants et leurs escarmouches, préfigurant en cela bien des révoltes à venir, estompant les frontières entre l’art et la vie.
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