Ce n’est pas dans les business schools que vous l’apprendrez. Il s’agit avant tout, les spécialistes s’accorderont là-dessus, d’une question de flair. Voire d’un art. Andy Warhol était intarissable sur le sujet :
«Etre bon en affaires, c’est la forme d’art la plus fascinante.»
L’analogie peut aussi s’opérer dans le sens inverse : l’art, c’est faire des affaires. Démonstration irréfutable, toujours sous la plume de Warhol :
« L’art des affaires est l’étape qui succède à l’art. J’ai commencé comme artiste commercial, et je veux finir comme artiste d’affaires. Après avoir fait ce qu’on appelle de l’art, ou ce qu’on veut, je me suis mis à l’art des affaires ».
En cela, l’artiste new-yorkais peut se réclamer d’un riche héritage. L’un de ses plus illustres devanciers est l’aventurier Arthur Cravan, référence absolue des surréalistes.
Les faits d’armes de ce journaliste, comédien, poète, pamphlétaire, boxeur, etc. sont légendaires. Dans son éphémère revue Maintenant, il abolissait toutes les convenances du milieu littéraire et artistique. Il aimait en particulier transgresser cette règle selon laquelle on ne peut recourir à l’injure et à la raillerie physique dans une critique. A propos de Robert Delaunay, il écrit : « Il a une gueule de porc enflammé ou de cocher de grande maison ».
Les femmes ne sont nullement épargnées. Marie Laurencin, par exemple : « En voilà une qui aurait besoin qu’on lui relève les jupes et qu’on lui mette une grosse … quelque part ».
Il ne craint pas non plus de s’en prendre aux personnages les plus en vue, tel André Gide : « Son ossature n’a rien de remarquable ; ses mains sont celles d’un fainéant (…) Avec ça, l’artiste montre un visage maladif, d’où se détachent, vers les tempes, de petites feuilles de peau plus grandes que des pellicules, inconvénient dont le peuple donne une explication en disant vulgairement de quelqu’un : il pèle ».
Pourquoi tant de haine, s’exclameront certains. Cravan en a lui-même fourni l’explication limpide : « Si j’écris, c’est pour faire enrager mes confrères ; pour faire parler de moi et tenter de me faire un nom. Avec un nom on réussit avec les femmes et dans les affaires ».
Mots-cléfs:notoriété, Warhol, Cravan, Delaunay, Gide, Marie Laurencin, postérité

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