Les relations entre Picasso et Jean Cocteau étaient très complexes. L’Espagnol se méfiait de ce jeune poète aussi à l’aise dans les salons mondains que dans les réunions d’artistes sans le sou. La plupart de ses amis le haïssaient pour son arrivisme forcené et son art de l’embrouille. Ils lui donnaient les surnoms les plus blessants, « coqueluche des vieilles dames », « couturier des Arts », « théoricien parfumé ». Mais Cocteau, à l’entregent proprement stupéfiant, saura se montrer patient et après mille flagorneries, flatter le goût du peintre pour les saltimbanques en écrivant l’argument de Parade, ballet interprété par la troupe de Serge Diaghilev. Picasso acceptera de se charger des décors et costumes. C’est ainsi qu’il fera la connaissance de sa première épouse, Olga Khoklova, et commencera à fréquenter le grand monde. Dès lors il verra en Cocteau un habile agent de publicité.

Cela ne suffisait cependant pas à écarter tous les motifs de mépris entre les deux hommes. Un jour qu’il se trouvait à Barcelone, Picasso déclare à un journal que Cocteau était si célèbre à Paris que tous les coiffeurs chics déposaient ses poèmes sur leurs tables.
Cette perfidie ne passe pas inaperçue. Cocteau tente d’abord d’insinuer dans la presse que l’auteur de la déclaration devait être non pas son cher ami, mais Picabia. Sauf que celui-ci dément. Picasso lui se refuse à tout rectificatif. C’est finalement Olga qui se chargera de rassurer Cocteau, prétendant que son époux n’aurait jamais employé ce langage.

Pendant la Seconde Guerre, l’hommage public du poète à Arno Breker et ses lettres enflammées au maréchal Pétain afin d’assurer la représentation d’une de ses pièces irriteront le peintre devenu communiste, au point qu’il refusera de le rencontrer pendant quelques années.
A l’époque Picasso était très lié à Paul Eluard. Lorsqu’ils se rencontraient, l’auteur des Parents terribles devait longuement insister pour que le surréaliste accepte une poignée de main glacée. Cela permettait à Cocteau, soucieux de son image social d’avant-gardiste, de continuer à écrire qu’Eluard était son grand ami.

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