La plupart d’entre nous ne connaissent Alfred Jarry que par la pièce Ubu-Roi. Or il n’avait que peu contribué à ce texte, écrit par deux lycéens pour se payer la tête d’un de leurs professeurs !
Comme il le confiait vers la fin de sa vie, « ce n’est qu’une fumisterie de potaches qui n’est même pas de moi. J’ai fait et surtout je faisais bien autre chose. Mais ils sont tous là à me boucher la route avec Ubu. Il faut que je le parle, que je le mime, que je le vive. On ne veut que ça ! ». Il quittait très rarement ce masque, même avec ses proches. L’explication est assez simple. Selon Apollinaire, Jarry a été « homme de lettres comme on l’est rarement. Ses moindres actions, ses gamineries, tout cela, c’était de la littérature. » Selon André Breton, qui lui vouait une admiration sans bornes, il a anéanti la distinction entre l’art et la vie.
Il est évidemment impossible de relater tous ses haut faits. Je me bornerai donc à en mentionner un, arbitrairement.
Il se présente un soir dans une salle de concert avec une chemise en papier sur laquelle est peinte une cravate. Méfiant, l’ouvreur le dirige vers le poulailler. Lorsque le silence se fait, il se lève et s’écrie : « C’est un scandale ! Comment peut-on laisser entrer dans cette salle les spectateurs des trois premiers rangs, qui dérangent tout le monde avec leurs instruments de musique ? »


Pas encore de commentaire.