Soutine a longtemps vécu dans la misère la plus nue. Après sa rencontre avec les mécènes qui ont fait sa réputation, il reste insatisfait, perfectionniste. Il prend la fâcheuse habitude de découper les toiles qui ne lui conviennent plus ou qui n’ont pas fait l’unanimité, en particulier celles réalisées dans le Midi, utilisant parfois des détails découpés pour des œuvres futures. Son marchand attitré depuis ses débuts, le polonais Zborowski (il officiait également auprès de Foujita et Modigliani), connaissait cette tendance et payait donc le chauffeur du peintre pour sauver toutes les toiles que Soutine vouait à la destruction. Il les apportait ensuite à un cafetier qui se chargeait de les recomposer au fil et à l’aiguille.
Un autre marchand choisit de placer en hauteur tous les tableaux de l’artiste lorsqu’il lui rend visite, afin de l’empêcher de les cisailler, et de ne jamais le laisser seul dans une pièce où est accrochée une de ses œuvres.
C’est grâce à ce genre de manœuvres qu’une part essentielle de sa production nous est parvenue.
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