Comme le savaient le soldat Chveik ou bien avant lui Till l’Espiègle, passer pour un imbécile offre de multiples avantages.
Tristan Tzara, fondateur du dadaïsme, n’en doutait pas. Lors du « procès » de Maurice Barrès tenu par les surréalistes en 1924, et qui en réalité le visait au moins autant que le romancier français accusé de trahison pour s’être engagé à droite, appelé à la barre en tant que « témoin », il répondra de cette manière limpide aux questions d’André Breton, soucieux quant à lui de déstabiliser son devancier et désormais rival :
« - Je n’ai aucune confiance dans la justice, même si cette justice est faite par Dada. Vous conviendrez avec moi, monsieur le Président, que nous ne sommes tous qu’une bande de salauds et que par conséquent les petites différences, salauds plus grands ou salauds plus petits, n’ont aucune importance.
- Savez-vous pourquoi on vous a demandé de témoigner ?
- Naturellement parce que je suis Tristan Tzara. Quoique je n’en sois pas encore tout à fait persuadé.
- Après Maurice Barrès, pouvez-vous citer encore quelques grands cochons ?
- Oui, André Breton, Théodore Fraenkel, (…) Louis Aragon, Philippe Soupault (…)
- Le témoin veut-il insinuer que Maurice Barrès lui est aussi sympathique que tous les cochons qui sont ses amis et qu’il vient d’énumérer ? Le témoin tient-il à passer pour un parfait imbécile ou cherche-t-il à se faire interner ?
- Oui, je tiens à me faire passer pour un parfait imbécile, mais je ne cherche pas à m’échapper de l’asile dans lequel je passe ma vie. »
Mots-cléfs:Tzara, surréalisme, procès, Breton, dadaïsme

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