En 1929 le jeune Dali aimait à recevoir dans sa demeure familiale de Cadaquès, en Catalogne. Il venait alors d’acquérir une certaine notoriété grâce à sa collaboration avec Bunuel pour Un chien andalou. Rien d’étonnant donc si parmi les invités se trouve le surréaliste Eluard, venu avec Gala son épouse.
Dès les premiers instants, Dali décide d’en faire la conquête. Et il y met toutes ses ressources, innombrables comme nous le savons…
Le deuxième jour, une excursion à la plage est planifiée. Dali s’y prépare scientifiquement.
Il songe d’abord à arborer les bijoux de sa sœur, puis une chemise retouchée par ses soins, laissant apparaître une partie de son corps. Mais ne faudrait-il pas dans ce cas se raser le dessous des bras, à la façon des bourgeoises madrilènes qu’il s’est longtemps plu à admirer ? Le rasage ne produisant pas les effets escomptés, il décide d’enduire ses aisselles d’une poudre bleue. Hélas, celle-ci se met bientôt à suinter.
Heureusement, le peintre n’est jamais à court de projets : « Attention ! Dali vient de se lever brusquement avec une idée géniale en tête !». Cette idée consiste à façonner, à base d’excréments de chèvres, un parfum imitant l’odeur du bouc. Trouvaille lumineuse.
Sur la plage, le peintre rit chaque fois que Gala veut lui adresser la parole. Cette technique de séduction inédite porte enfin ses fruits.
Dès son arrivée, le couple avait noté un détail dans Le jeu lugubre, la dernière toile du Maître (ainsi qu’il se fera lui-même bientôt appeler) : un jeune homme porte un caleçon maculé. Gala lui demande très sérieusement s’il est coprophage.
Dali songe d’abord à répondre par l’affirmative, pensant que cela le rendra (encore) plus intéressant, mais finit par opter pour la sagesse. Peu après elle lui prend la main. Ils ne se quitteront plus.


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