Il a déjà été question des jugements surréalistes, dans lesquels certaines mauvaises langues verront une préfiguration des procès staliniens. Il est vrai que les droits de la défense n’y étaient pas totalement respectés.
Bien des années après l’épisode qui avait consacré la rupture entre Dada et le groupe de Breton, les méthodes n’avaient pas fondamentalement changé. Lorsque Dali, électron libre du surréalisme, ridiculise Lénine et divague sur son attirance pour le nazisme, Breton et ses amis, trotskistes convaincus, exigent une condamnation.
Convoqué, Dali se présente malade, un thermomètre en bouche. Pendant que Breton dresse le réquisitoire, il commence à se déshabiller afin, dit-il, de faire tomber sa fièvre. Puis il répond à ses accusateurs. Selon lui, sa fascination envers Hitler n’a rien de politique. Simplement, « la mollesse de cette chair hitlérienne comprimée sous la tunique militaire » provoque en lui « un état d’extase gustatif, laiteux, nutritif et wagnérien ». Quant à sa toile représentant Lénine cul nu (L’Enigme de Guillaume Tell), elle lui a été inspirée par un rêve. Or, le rêve n’est-il pas un des moteurs de la créativité surréaliste ? Puis, s’adressant directement au « Pape », connu pour son intolérance envers l’homosexualité : « Si donc ce soir, André Breton, je rêve que je t’encule, demain je nous peindrai dans nos meilleurs positions avec le plus grand luxe de détails ».
Enfin, il affirme que Hitler est le digne successeur de Sade et Lautréamont, un génial metteur en scène de l’abomination. Excédé, Breton se prononce pour l’exclusion. Torse nu, Dali se jette à ses pieds, promettant sans rire qu’il n’a « rien contre le prolétariat ».
Ce numéro de haute voltige (mais aussi et surtout sa notoriété grandissante, dont le surréalisme a bien besoin) emporte l’adhésion de la majorité des jurés, qui rejettent l’exclusion.
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