Fin 1934, Dali traverse une première fois l’Atlantique à l’occasion d’une exposition de ses œuvres à New York. Comme à son habitude, il a soigneusement préparé chacune de ses apparitions. Sur le navire déjà, ficelé à ses toiles, il se promène avec un pain de trois mètres.
A la galerie Julien Levy, toutes ses œuvres se vendent en quelques jours.
La veille de son départ, il organise un bal masqué. Dans la salle, il a fait accrocher une carcasse de bœuf ornée d’un voile de mariée et un glaçon d’un demi-quintal. Il est lui-même déguisé en macchabée, seins apparents clignotant en rouge, soutien-gorge, froufrous et dentelles. Quant à Gala, elle est parée d’une coiffe noire surmontée d’un bébé en celluloïd dont le ventre laisse échapper une colonie de fourmis.
Or, inconscience ou génie de la provocation, l’Amérique est alors plongée dans le deuil après l’enlèvement et l’assassinat de l’enfant Lindbergh. La presse du monde entier tire à boulets rouges.
Mais pour Dali, le voyage est réussi. Arrivé quasiment inconnu, il est devenu en très peu de temps le seul surréaliste connu aux Etats-Unis et l’un des artistes d’avant-garde les plus sulfureux. A son retour, Breton l’affublera du surnom d’Avida Dollars (anagramme parfait).
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