Vous n’ignorez sans doute pas que le poète et peintre Max Jacob, ami du tout-Paris artistique et en particulier de Picasso, a vécu la plus grande part de son existence dans le dénuement le plus total, sans pouvoir compter sur les richesses amassées par quelques-uns de ses anciens compagnons d’infortune… Pour donner une idée de la modestie et de l’humour du personnage, dans les années 30, il commençait invariablement le one-man show auquel l’avait contraint sa misère par cette tirade : « Vous ne me connaissez pas. Personne ne me connaît. Cependant, je suis dans le Larrousse. »
Son sort connaît heureusement quelques embellies inattendues. Ainsi en 1920, lorsqu’il est renversé par une voiture au milieu d’une avenue (la sécurité routière restait à cette époque une abstraction, voire un chiasme).
Résultat : des blessures légères, mais surtout une indemnité inespérée. Pour ce catholique fervent (ce qui ne l’empêchera d’ailleurs pas d’être exécuté à Drancy en 1944 en raison de ses « origines juives ») et indécrottable optimiste, une seule explication à cette aubaine :
Grâce à la rente versée par la compagnie d’assurances, il vivra en effet un peu moins mal pendant quelques années.
Voilà qui nous rappelle opportunément, en ces temps de « retour du religieux », que les voies du Seigneur sont décidément impénétrables.
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