Une question grave à laquelle beaucoup d’entre vous aimeraient, je n’en doute pas, pouvoir répondre. L’avant-garde européenne a pénétré les Etats-Unis à la suite de Marcel Duchamp. Il était accompagné d’Arthur Cravan, qui avait financé sa traversée grâce à un match de boxe contre le champion du monde poids lourds, Jack Johnson… Malgré les instances de Cravan de ne pas cogner trop fort, le champion finit par s’impatienter et lui assène une gifle qui l’envoie au tapis. Quelques minutes plus tard, poursuivi par le public qui se sent floué et Johnson qui jure de lui faire la peau, il s’embarque.
Dès son arrivée à New York, Duchamp et Picabia l’engagent pour une conférence. Les dames de la bonne société voulaient entendre parler d’art moderne.
En prélude à sa performance, on l’emmène déjeuner, mais il en profite surtout pour se saouler dans les grandes largeurs. Devant ses auditrices, il retire un à un ses vêtements puis commence à insulter les premiers rangs. Seule la police aura raison de sa fougue didactique.
Ses amis paieront la caution. Grâce à cette intervention hautement professionnelle, leur réputation de trublions et d’agitateurs était faite. Elle se concrétisera bientôt avec l’exposition d’une des pièces fondamentales de l’art du XXe siècle, la fontaine-urinoir de Duchamp.


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