La clé est fournie, une fois de plus, par Dali en son Journal. De jeunes artistes venaient régulièrement lui demander conseil sur la façon de parvenir. Le Maître possédait une technique bien rôdée, déjà employée et affinée au temps de sa participation au groupe de Breton.
Pour être invité (il n’est pas nécessaire de s’y rendre une fois l’invitation obtenue) dans tous les endroits où il faut être vu, l’essentiel est de ne pas prêter attention aux querelles qui agitent les hautes sphères. Ainsi se rendait-il régulièrement à la fois chez les Beaumont et les Lopez, deux familles dont tout Paris connaissait la brouille, qui avait justement pour origine Dali, seul à ne pas s’en soucier.
Mais le comble du snobisme réside pour lui dans la possibilité de vivre dans les milieux les moins compatibles. Ainsi aimait-il, pendant une réunion, à informer ses amis surréalistes qu’il avait un dîner en ville, chez des gens qui pour les poètes représentaient le fruit défendu, eux-mêmes n’y étant jamais conviés.
Au cours de ces dîners, en revanche, il se levait souvent précipitamment sous prétexte d’une réunion importante avec les surréalistes, qu’il présentait comme beaucoup plus difficile à atteindre que l’aristocratie. De cette façon il naviguait entre les milieux les plus fermés entre eux, suscitant la jalousie de tous. Le comble du snobisme étant d’être « constamment en vue dans les milieux les plus inaccessibles ».
Mots-cléfs:surréalisme, notoriété, Dali

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