Hedwige Vlasto photographie ce que nous détournons habituellement du regard. Avocate de profession, elle arpente l’Europe du Sud avec son appareil pour documenter l’instant où les choses basculent dans l’oubli : boîtes aux lettres rouillées, façades écaillées, gares abandonnées. Sans retouche, elle révèle la beauté inattendue de ce qui s’efface. Louise Silverio accompagne ces images de textes poétiques qui créent un dialogue entre photographie et langage, entre mémoire et disparition.
En 1986, Jean-Pierre Nadau rencontre Chomo, ermite visionnaire retranché dans la forêt de Fontainebleau : ce choc déclenche une mutation radicale. Depuis, armé d’une simple plume Sergent-Major, il scarifie patiemment d’immenses toiles pendant des mois. Il y invente des alphabets entiers (quatre mille pictogrammes (!), des écritures asémiques, etc.) qui nous donnent l’illusion de pouvoir les déchiffrer. Avant que le sol ne se dérobe.
Peindre le bonheur quotidien quand toute l’avant-garde choisissait l’angoisse : tel fût le pari de Roger Montané. Entre 1949 et 2002, ce peintre formé à Toulouse impose ses figures monumentales et lumineuses, ses gens ordinaires saisis au pastel à l’huile dans les marchés et les gares. De Londres à Tokyo, de Paris à New York, il défend une modernité généreuse. Sa conviction ? La joie n’est pas naïveté, mais exigence picturale.
Chantal Molinié-Jonquet travaille sur un paradoxe : fixer dans le bronze ou la pierre ce qui, par nature, fuit : l’instant d’une pose, le frémissement d’un corps vivant. Progressivement, le travail de Molinié-Jonquet s’oriente vers un refus de la surface lisse, laissant visible la trace du modelage et transformant chaque figure en présence intérieure. Ses titres (Irréductible, Sic fugit amor, Hymne au soleil, etc.) ne décrivent pas, ils révèlent. Ce catalogue raisonné rassemble l’ensemble de son œuvre sculpté : bustes, nus, bronzes, pierres, terres cuites.
Voilà une amitié comme l’histoire de l’art en compte peu. En 1984, Josette Rispal, sculptrice autodidacte, rencontre Chomo, ermite visionnaire retranché dans sa forêt. Lui la reçoit par une insulte. Elle deviendra sa plus fidèle alliée, vendant ses meubles pour financer un film sur son œuvre, organisant sans subvention une exposition qui attire des milliers de visiteurs. Quarante ans plus tard, correspondances, photographies et archives racontent cette fraternité où la générosité prime sur tout.