Milija Belic – dialectique de l’imaginaire
Mot de l’éditeur :
Notre monde est-il exactement comme nous le voyons, ou comme nous pensons le voir ? Milija Belic pose cette question depuis cinquante ans, non pas en philosophe qui argumente, mais en peintre qui construit des pièges pour l’œil. Ses toiles proposent deux lectures à la fois : un volume qui s’avance devient un creux, une perspective logique se révèle impossible, une symétrie parfaite glisse imperceptiblement. On regarde, on croit comprendre, puis quelque chose résiste. Ce trouble discret est le cœur de son travail.
DECONSTRUCT (2020) en offre une illustration nette, sobre. Des rectangles concentriques, du vert sombre au jaune lumineux, encadrent un vide noir cerné de bleu cobalt. La composition semble rigoureuse, presque apaisante. Mais une diagonale traverse l’ensemble, décalant les deux moitiés de quelques centimètres : rien ne coïncide plus tout à fait. L’œil cherche à corriger, à recaler les deux parties. Il ne le peut pas. Ce glissement infime dit plus sur notre rapport au réel que bien des démonstrations : la réalité que nous croyons tenir se dérobe, sans fracas.
Ce que Milija Belic a compris très tôt, c’est que l’ordre et le désordre ne s’opposent pas, ils s’alternent. Son parcours en témoigne : des périodes de géométrie stricte, presque silencieuse, succèdent à des phases d’éclatement baroque, de plans hérissés, de constructions qui semblent vouloir déborder la toile. Puis le calme revient. Jamais de synthèse, toujours l’alternance. La série Déconstruction, qui occupe une large place dans ce livre, est emblématique de cet équilibre instable : la diagonale à 45° brise la symétrie sans l’anéantir, force centrifuge et centripète à la fois, déconstruction et reconstruction simultanées.
Cette pensée de la tension, Belic ne l’a pas seulement pratiquée : il l’a théorisée. Docteur en esthétique de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, auteur de plusieurs essais dont Apologie du rythme (L’Harmattan, 2002), il relie ses œuvres aux théories de la relativité, aux figures acoustiques de Chladni, à la géométrie des nombres pythagoriciens. Cette articulation entre la main et la pensée n’est pas un vernis intellectuel : elle explique pourquoi ses tableaux ne se laissent pas épuiser par le regard, pourquoi on y revient.
Au fil des pages de cette monographie, qui couvre un demi-siècle de création, peintures, sculptures et œuvres numériques composent un portrait cohérent d’un artiste qui a fait du doute une méthode. À l’heure où l’abstraction géométrique retrouve une actualité portée par les outils numériques, le travail de Milija Belic rappelle que cette tradition n’a jamais cessé de poser les mêmes questions : ce que nous voyons, et ce qui nous échappe.

DECONSTRUCT – acrylique sur toile – 130 x 90 cm – 2020
24 x 30 cm
304 pages en couleur
Couverture reliée
ISBN 978-2-35532-474-1
55 €
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